Une chienne dans un jeu de quille

Evina

25/04/2017 - 18 ans - France - 75005

Une chienne dans un jeu de quille

Je me redresse fièrement dans la voiture qui m'emmène à l'Élysée. Je suis fière de moi mais aussi anxieuse du cours que prend mon destin. Le portier m'invite à descendre. Je le fais le plus élégamment possible même s'il me reste des progrès à accomplir. Je dresse les oreilles, aux aguets, et hume l'air de Paris, bien qu'il soit terriblement pollué. La visite de ce lieu chargé d'histoire ne m'intéresse pas beaucoup : pour faire bonne figure j'essaye tous les lits, sofas, canapés et fauteuils que l'on me présente mais je ne daigne pas regarder les tapis. C'est surtout le jardin qui m'attire : un immense parc où je pourrai gambader quand bon me semblera. Le tour du propriétaire est fini. Certes, il y a de quoi jouer mais je me l'étais imaginé plus grandiose, ce palais ! Je dois maintenant publier mes premiers décrets. Je ne sais par lequel commencer. Peut-être celui concernant l'éducation, qui vise à imposer une sieste obligatoire et une réforme complète de la langue française, beaucoup trop imagée à mon goût. Pourquoi disons-nous « garder un chien de sa chienne » ou « une vie de chien » ? Je trouve cela raciste au plus haut point ! Mais peut-être que les priorités de mes électeurs sont tout autres, pensé-je alors dans un bâillement. Mon premier décret sera donc l'obligation de servir de la nourriture saine dans les cantines : plus de croquettes, de la pâtée pour tout le monde. Telle fut l'une de mes promesses électorales. Mais le temps file et j'en oublie ma conférence de presse. Je suis déjà attendue ; et quand je passe de l'ombre à la lumière des projecteurs qui ont été agencés en arc de cercle dans la cour de l'Élysée, je suis éblouie. «  Chers Français, chères Françaises, je vous remercie de m'avoir confié cette grande responsabilité de vous gouverner. Je m'appliquerai du mieux que je pourrai avec dévouement et fermeté à ma tâche. Chers Français, chères Françaises, je salue votre ouverture d'esprit et vos convictions qui ont mis en pièces les préjugés abjects sur lesquels repose malheureusement trop souvent notre société actuelle. Chers Français, chères Françaises, bravo à vous d'avoir élu la première chienne de France à la responsabilité de chef d'État. Vive la République et vive la France ! Ouaf, ouaf.»