Les participants

Nono

10/02/2017 - 16 ans - France - 75011

Un plan foireux

Merde. Putain merde. Ils l'ont fait ces cons. Je suis président. Mais moi je fais comment maintenant ? Il faut que je me calme, j'ai le temps d'y réfléchir. En attendant je continue d'avancer sur leur foutu tapis rouge en affichant un sourire satisfait. L'autre en face descend les marches du perron pour m'accueillir : Lui n'a pas besoin de forcer le sourire. Au moment de lui serrer la main devant les caméras, je lis dans ses yeux une jubilation teintée de pitié : Il a été à ma place. Je m'isole avec lui une petite demi-heure. Il est censé me refiler les codes nucléaires et d'autres trucs confidentiels. Il semble d'humeur guillerette : "Alors, heureux ? Sois pas défaitiste, si t'as de la chance t'auras le droit à un attentat et à une victoire de la France à la Coupe du Monde, et Inch'Allah tu seras réélu" Il profite des quelques minutes que l'on a à passer ensemble pour me montrer l'écran HD qu'il a planqué derrière la bibliothèque en face de son bureau. "Tu peux brancher la PS4 si tu veux. Il nous reste dix minutes, je te prend à FIFA". J'accepte, voilà qui me changera les idées en ce jour maussade. En plus il pleut. Je regarde par la fenêtre du bureau : Dans la cour de l’Élysée encore pleine de monde, un journaliste glisse dans une flaque en poursuivant un mec de mon équipe de campagne pour l'interviewer. Voilà qui me déride un peu. Je me fais battre à FIFA, mais c'est normal, il a cinq ans d'entrainement. "T'as le temps de progresser", dit-il pour me consoler en m'adressant un clin d’œil. J'acquiesce, mais le cœur n'y ai pas. On redescend pour que je lui fasse mes adieux officiels, après quoi je m'en vais pour recevoir la grand'croix de la légion d'honneur dans un salon du Palais. En sortant, je passe devant mon équipe, toujours postée sur le perron de l'Elysée. Mon directeur de campagne et futur premier ministre, qui perçoit mon anxiété, tente des blagounettes pour me distraire : "L'avantage à être président, c'est que tu peux vendre le collier de la légion d'honneur sur Le Bon Coin si un jour tu dois rembourser tout le fric que t'as planqué en Suisse". Il rigole tout seul. Je prend la suite des gens qui m'ont donné ma légion d'honneur jusqu'à une grande salle dont les fenêtres donnent sur les jardins de l'Elysée. Je lis un discours que je n'ai pas écrit, devant des personnes que je ne connais pas. Puis je sors dans le jardin, ou une fanfare de militaires constipés me joue la marseillaise. Je crois que c'est fini, mais non : On me joue des hymnes guerriers à la trompette pendant dix bonnes minutes. Je n'en peux plus, la prochaine fois je penserais aux boules-quies. Un mec avec un sabre, tout-droit sorti du XIXème siècle et l'air encore plus constipé que les autres, me présente les différentes compagnies qui composent la joyeuse troupe que j'ai sous les yeux. Après ça, je me dépêche de me casser en bagnole. On arrive au moment que je redoute le plus : La remontée des champs-Elysées dans la voiture au toit-ouvrant. Je suis hanté par l'idée de me prendre une chiure d'oiseau sur la tronche. Je garde toutefois un sourire crispé aux lèvres en faisant coucou aux parisiens qui m'applaudissent et qui gueulent sur les cotés. Je donne un petit coup de pied au chauffeur pour qu'il accélère parce que merde, il recommence à pleuvoir. Arrivé à l'arc de triomphe, je serre des mains au pif et j'écoute une nouvelle fois la marseillaise, jouée par une autre équipe de constipés en uniforme qui ressemble beaucoup à la première. Je me recueil ensuite sur la tombe du soldat inconnu en prenant un air très solennelle. J'en peux déjà plus d'être président : J'ai pas dormi de la nuit, j'ai froid à cause de la pluie qui me tombe dessus en continu, et je dois encore aller rendre visite à Merkel dans la soirée, perspective peu réjouissante. Je me console comme je peux en me disant que la bouffe comme les hôtesses doivent être bonnes dans l'avion présidentiel. Encore cinq ans putain !

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