Qui imaginerait De Gaulle aux cabinets ?

Adam Riture

13/03/2017 - 20 ans - France - 33610

Qui imaginerait De Gaulle aux cabinets ?

Qui imaginerait De Gaulle aux cabinets ?
Personne. Pourtant elles sont bien là, les toilettes présidentielles. Celles-là mêmes qui ont accueilli toutes les merdes d’Etat depuis la IIème République.
Je ne peux m’empêcher, en y pénétrant, d’imaginer tous ces zobs fringants, saluant nonchalamment le trône présidentiel, de cette secousse irrévérencieuse du mâle qui cesse de regarder le plafond pour s’égoutter ailleurs que sur son pantalon. Imaginez Chirac, dissoudre le produit toilette quelques minutes avant de s’attaquer à l’Assemblée. Thiers payant, pardon. Thiers, payant ses ébats passés dans les WC de l’Elysée. Felix Faure, manier la queue la plus célèbre de France là ou moi-même je m’apprête à brandir mon membre !
Quelle émotion, quelle pression ! Quelle précision…
11h15, je sors, épuisé.
11h30, après avoir goûté les céréales aux figues des champs Elysées, j’y retourne. Cette fois, pas de chichi ; bien décidé à apporter ma pierre à l’édifice, à continuer cette glorieuse face cachée de l’histoire, celle qui s’écrit sur papier rose, je serai celui qui marquera la France de son empreinte, qui laissera une merde encore plus mémorable que ses prédécesseurs.
Prend ça Mitterrand ! Prend s’en de la graine Poincaré ! Tiens, attrape Sadi Carnot ! Une petite pensée pour Sarko pour faire descendre le magot… Bingo ! Quel chef d’œuvre, digne des plus grands. Gonflé de fierté et léger comme jamais, je peux enfin quitter la scène. Mon doigt se presse contre le bouton pour actionner la chasse d’eau et... Horreur. Cauchemar. …………… RIEN NE SE PASSE.
Il y a un hic. Je relève mon froc. Pas de final à ma symphonie rectale ! Il n’y a pas d’eau !
Je ne pouvais rien imaginer de pire. Mon premier jour à l’Elysée… appeler un plombier ! Impensable. La honte. Moi, un président comme les autres ? Un président normal ? Non. Un président se doit de prendre toutes les merdes d’une nation à son compte, pas question d’exposer la sienne devant tous ces pontes ! Car ils sont là, dehors. Ils attendent que je sorte, pour un discours.
Ah…Que faire… Sortir comme si de rien n’était et accuser Hollande de nous refiler sa merde ? S’échapper discrètement au risque de se faire chopper en plein dedans ? Se rendre dès le premier jour du quinquennat et s’écraser mollement devant tous ces gens ? Raah… Qu’est-ce que je donnerais pour tenir tête à Poutine, défier Merkel, narguer l’OTAN, serrer la main de Trump ou chatouiller Kim Jong Un ! Mais non… Non. Au lieu de ça me voilà, mon premier jour à l’Elysée, battu, pétrifié, dans une impasse……….. La Bouse ou la vie. Isolé. Perdu. Atone. Découragé. Chassé. Bref, c’est la merde.
Je n’arrive même pas à faire face à mes propres déjections et il faudrait que je dirige une nation ?!
11h50, on doit m’attendre. Il faut que je sorte ou l’on va venir me chercher.
Allez… te laisse pas abattre va, t’en verra d’autre et puis quoi ? Ça ne sortira pas d’ici. Et puis si ça sort… tant pis ! Every News is Fake News hein ? Et quand bien même ils y croiraient, ça ne durera pas plus de 3 semaines et ils passeront à autre chose. J’en étais conscient en acceptant le job hein ? Et puis, on a le représentant qu’on mérite après tout… Je ne vais pas me laisser faire. De toute façon, le « Watergate » c’est déjà pris. Bon, ça y est, c’est décidé, je…
Toc toc.
Oh non……………………… Quel discrédit.
Bon et bien… Peu importe qui ouvre, je crois bien qu’on a déjà un chef de cabinet.