Les participants

La Souris chauve

15/03/2017 - 12 ans - France - 75013

Projection républicaine

Ce n'était pas du tout comme je le pensais : je ne me suis pas senti supérieur à mon prédécesseur lors de la passation de pouvoir, je n'avais pas le sentiment de rayonner, mon sourire face aux caméras ne semblait faire ni chaud ni froid. Même les poignées de main n'étaient pas chaleureuses. Tous les plats de l’Élysée, y compris le quinoa sur son lit de caviar, étaient fades, le siège de mon bureau n'était pas confortable. Je n'ai rien ressenti. Les insultes à mon encontre avaient l'impact d'un discours de Bayrou. Les tentatives d'assassinat ne me faisaient pas peur. Pas grand chose ne changeait. Je me sentais éteint. Ce serait comme ça tous les jours. Rien ne m'effrayait : les discours sous la pluie ne seraient même pas désagréables, aller dans le trou du cul du monde pour visiter une usine de gâteaux secs me semblait presque intéressant pour mon image, même les interviews avec Bourdin ne me déplaisaient pas tant que ça (un peu tout de même, comme tout être vivant -ou non- qui se respecte). Il restait la question du programme que j'avais fait semblant de défendre et que je devais maintenant appliquer : mettre le SMIC à 1300 €, l'abrogation de la loi travail, la « refondation démocratique » des traités européens … Mais tout cela n'avait plus de sens, ce n’était pas mes mots, pas mes idées, pas moi. Ces choses reflétaient le temps où je n'était qu’un perroquet sans âme ni conscience. Mais comme vous l'avez sûrement compris : cette époque est révolue. Maintenant je suis président, je suis libre de projeter ma lumière là où bon me semble. Ainsi les Français en ont t-il décidé ; s'ils voulait du Mélenchon ils n'avaient qu'à l'élire lui et non pas moi : son hologramme.

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