Les participants

Jean-Kevin&

07/05/2018 - 15 ans - France - 5242

Moi super méchant, je vais...

… Pointer à Pôle Emploi, comme tous les mois. À la sortie du bac pourtant, j’étais ultra motivé. J’avais passé des heures à contempler les affiches des écoles proposant un « master en malveillance appliquée » avec double cursus management sadique. Mon entourage m’avait prévenu : le secteur est bouché, ils ne prennent que les meilleurs, tu risques le chômage à la sortie. Néanmoins, je suis quelqu’un de plutôt sérieux, et n’ai pas l’habitude de renoncer pour si peu. J’ai travaillé dur, et j’ai décroché mon bac + 5 avec des notes plus qu’honorables. Mon projet de fin d’études, l’organisation d’un génocide de chatons dans une maison de retraite, m’avait valu les louanges de mes professeurs. Les choses ont commencé à déraper lors de ma soutenance. On m’avait reproché de m’être fait attraper par la police à la sortie de l’EHPAD. J’ai répondu qu’il était normal que le méchant perde à la fin, non ? Les regards sont devenus froids. Les questions se sont enchaînées de manière expéditive, et dix minutes plus tard j’étais dehors. Malheureusement, j’étais tombé sur un de ces jurys de la nouvelle école, celle qui ne croit plus au vilain cathartique mais à la victoire sans tâche de la méchanceté. Des frustrés, qui ne pratiquent plus la méchantologie par altruisme, pour offrir à la société une peur salvatrice, mais au service de leur intérêt personnel. Pire, ils sont de plus en plus nombreux dans le domaine. Ils noyautent les chaires de professeur, les cercles de réflexion, et jusqu’aux directions du recrutement des entreprises. J’ai beau être un scélérat, j’ai une morale : les contrats à durée indéterminée avec victoire totale à la clé, très peu pour moi. Mais la qualité comme la quantité des postes de criminel old school est en chute libre. Mon dernier contrat, jouer le grand méchant loup dans une école maternelle, c’était il y a six mois. Depuis j’assiste, impuissant, à la mutation du métier. Beaucoup de mes camarades, attirés par les salaires attractifs et les conditions d’emploi avantageuses, ou juste parce qu’ils ont des bouches à nourrir, ont fini par craquer. Progressivement, l’immoralité perd son sens, le code du déshonneur se délite, et l’art de noirceur devient une technique sans âme, au service des pires intérêts. Alors je songe à la reconversion. L’autre jour, j’ai vu une offre de super-gentil dans le journal. Je vais peut-être tenter ma chance…

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