La quiche de la république

rose

25/03/2017 - 13 ans - france - 87100

La quiche de la république

Thierry Arnaud pour BFMTV, en direct de l’Elysée :
« Vous monsieur, que pensez vous de Loreva Duchef, notre nouvelle Présidente de la République?
-Trop jeune, sans expérience, même ma femme serait meilleure présidente qu’elle.
-Heu. Merci pour cette brillante analyse. Et vous madame?
-Une femme enfin! Depuis des années, ce ne sont que des hommes qui gouvernent, à bas les hommes !
- Moi, je ne suis pas d’accord avec la dame. Donnez-moi ce micro!
-Mais c’est mon micro! Enlever vos sales pattes!
-Nan jamais!
-Revenez, monsieur, enfin! Vite balancez la pub!
-Bon, tout de suite une courte page de pub en attendant que notre journaliste préféré ait terminé sa course au clochard… »
Je me réveille brusquement, en sueur, suffoquant, dans un lit qui ne semble pas être le mien. J’écrase l’interrupteur de la lampe de chevet et je ferme les yeux, éblouie par mon reflet cadavérique. Ingrat plafonnier, soit disant «design avec miroir»! Heureusement qu’il est en rupture de stock chez ikéa depuis des lustres! Le lit dans lequel je patauge se compose de trois matelas de valeurs: la victoire, le respect des promesses et l’Egalité pour tous. Par-dessus se trouvent plusieurs draps d’actions qu’une couverture politique brodée d’or sublime. Autour de moi, tout est rangé, rien ne dépasse. Rien à voir avec ma chambre ! Ce n’était donc pas un rêve! Je suis Présidente! Elue avec, 88,88%, c’est un record inégalé sous la 5ème République. Il est deux heures du matin, mais impossible de me rendormir. Je suis tellement excitée à l'idée de commencer ma première journée en tant que Présidente de la République.
Je tends la main pour attraper mon téléphone sur la table de nuit. Zut, mon bras est trop court ! Allez, encore un petit effort, je suis à deux doigts de l’atteindre. J’étire mon bras aussi loin que je peux. Dans mon élan présidentiel, je le saisi et chute du lit dans un énorme fracas. BOUM! VLAN! PATATRA! Je suis par terre, meurtrie, les deux jambes par dessus de la tête, mais fière de caresser mon téléphone du bout du nez. La couverture et la tonne de draps me retombent aussitôt dessus. Ouille! Ma prochaine loi visera à rendre obligatoire les tapis gonflables autour des lit: pour réduire de déficit de la sécu.
J’entends quelqu’un tambouriner à la porte:
«Madame la Présidente de la République? Je suis Lars, votre garde du corps. Vous allez bien? J’ai entendu un énorme bruit provenant de votre chambre. Je suis venu vérifier si tout allait bien»
Un homme en costard noir pénètre dans ma chambre.
«Et bien, Madame la Présidente de la République! Qu’est ce qu’il y a? Le lit est trop grand? Que faites vous par terre ? me lance t- il en éclatant de rire.
- Vous là, au lieu de vous moquer, venez m’aider je suis coincée. Je ne peux plus bouger.
- Bien entendu madame la Présidente de la gymnastique nocturne, réplique t’il avec le professionnalisme d’un major d’homme anglais. Je vois que votre règne commence bien. Je vais chercher le médecin, ne bougez pas.
- Bouger, vous plaisantez!
- De toute ma vie, je n’ai jamais vu ça. Sacrée Présidente de la République ! Je sens que je vais bien m’amuser pendant les cinq prochaines années.
- C’est ça, allez me chercher un médecin, et que ça saute!»
Ma première journée n’aurait pas pu mieux commencer. Ça fait un quart d’heure que je suis par terre comme une pauvre quiche en attendant le médecin. Tout ça à cause de ce fichu téléphone. Mon discours va être rapide aujourd’hui, et va se résumer à « Chères Françaises, chers Français, votre Présidente est une quiche. Merci ». Je sens qu’avec moi, Canteloup va finir au chômage. Oh mince, un chômeur de plus! C’est mauvais pour mes statistiques.