Les participants

lapetiteComédienne

24/04/2017 - 12 ans - France - 69004

J'entre en scène !

Je franchis la porte de l’Élysée d'un pas mal assuré, titubant presque sous le poids de l'incertitude qui me gagne car je n'ai jamais voulu ( et je devrais mettre une majuscule à jamais pour souligner ma résolution passée ) être présidente. Mon rêve et mon ambition étaient de devenir comédienne. Malheureusement mes parents redoutaient l'idée même que mon désir s'accomplisse : -Ah les artistes ! Les comédiens ! Tous les mêmes ! disaient-ils, des bons à rien qui abusent de la faiblesse du peuple qui est l'envie de se distraire. Ne pourrais-tu pas effectuer un métier "respectable" ( et ils entendaient par là bien payé ) comme boulanger ou menuisier ? Désappointée par ce discours ( car il est vrai, quoi qu'on en dise, qu'on aime à être approuvé par ses parents ) je ne savais que faire : fabriquer du pain, scier du bois ou encore planter un clou était pour moi de durs labeurs. Affalée devant la télévision, je ruminais ainsi mes sombres pensées quand une illumination soudaine me traversa l’esprit : la politique était du théâtre ! Cette idée m'était venue alors que j'écoutais une certaine candidate blonde discourir : elle mentait avec un air si convaincu qu'elle avait du succès, aucun doute, pour mentir ainsi, elle possédait le talent d'une grande comédienne ! Maintenant que j'avais compris le fonctionnement de la politique, il ne me restait plus qu'à faire comme eux, du théâtre ! Premièrement au théâtre il faut choisir son registre : tragédie, comédie, comédie-ballet... Cela équivaut à choisir son parti. Moi, indécise, je tire au sort me confiant au hasard. Je pioche le Front National, je repose : la tragédie n'a jamais été mon truc. Je pioche de nouveau et tire le Parti Socialiste : une comédie ballet ? Cela sera divertissant ! Ensuite je dois trouver mon costume, j'opte pour un sobre costume de velours noir. Puis au théâtre, vient le moment de déterminer sa pièce à jouer : cela équivaut à établir son programme présidentiel. J'ai modifié l'illustre comédie-ballet de Molière "l'amour médecin" et obtenu un programme orienté sur la médecine et l'amour. Mais revenons à aujourd'hui, au moment où je fais le pas décisif qui précède mon mandat. A peine entrée, il me faut choisir le metteur en scène de mon spectacle : le premier ministre. Je sélectionne celui qui a l'air le plus souple ( la danse a une place importante dans la comédie-ballet ) et celui qui a l'air le plus jovial ( ignorant encore que la jovialité des ministres est en général de l'hypocrisie ). Pour mes camarades comédiens, les ministres, je choisis les plus élégamment vêtus car le costume occupe une place très importante au théâtre ainsi que le masque ( mais le masque de cordialité ils le portent tous sur leur visage ! ). Enfin je prononce le discours qui précède l'ouverture du rideau, le premier discours de mon mandat. Je parle avec éloquence et en viens à la conclusion suivante : le plus dur en politique est d'avoir l'air convaincu de ce qu'on ne croit pas. Je suis fatiguée d'avance car ma représentation théâtrale va durer cinq ans, cinq années spectaculaires !!!

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